8 January, 2014

Comprendre le Crime de Haine en Roumanie

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Category: European Action Day @fr
Claire Uszynski
2 pm

« Les gens en Roumanie manquent énormément d’informations concernant leurs droits », écrit Daniela Prisacariu, volontaire et activiste pour les Droits de l’Homme en Roumanie.

Si vous recherchez « infracțiuni motivate de ură » dans Google (le terme roumain pour « crime de haine ») vous ne rencontrerez que quelques rapports internationaux, quelques articles, mais aucune affaire sérieuse de crimes de haine qui se sont produits en Roumanie. On pourrait presque dire que les crimes de haine n’existent pas en Roumanie. On pourrait aussi dire qu’il n’y a pas d’homosexuels en Roumanie, opinion particulièrement répandue.

Un rapport rédigé par l’Agence des Droits Fondamentaux sur la situation des crimes de haine dans l’Union Européenne démontre que la Roumanie est le seul pays n’ayant pas de données relatives aux crimes de haine. Beaucoup diront : « Vous voyez ? Ce pays est très bien, très tolérant, sans crimes de haine envers les personnes LGBT, ni envers les Roms, les personnes handicapées, ou les personnes dont les croyances religieuses sont différentes de la Chrétienté orthodoxe ! ».

Le crime de haine est un problème invisible en Roumanie. Peu de personnes savent que c’est une cruelle réalité pour certaines, et encore moins savent que ce problème est maintenant régulé dans le Nouveau Code Pénal. La loi roumaine dit que si quelqu’un commet un crime de haine basé sur la perception ethnique, sexuelle ou communautaire qu’il ou elle a de sa victime, les sanctions seront plus sévères car ces éléments sont considérés comme circonstances aggravantes.

Cependant, les faits ont démontré que les officiers de police ne connaissent pas cette loi et que les victimes ont peur de dire qu’elles ont été battues car homosexuelles parce que les autorités peuvent faire empirer la situation en riant et se moquant d’elles lorsqu’elles osent déposer plainte.

La communauté LGBT fait souvent l’objet de crimes de haine. Ne serait-ce que l’année dernière, deux faits divers majeurs ont marqué l’actualité médiatique : 6 personnes furent battues à la fin d’une pièce de théâtre LGBT car elles appartenaient à l’équipe d’organisation. Plus tard dans l’année, plus de 50 personnes boycottèrent une projection de film LGBT en étant agressives verbalement et en chantant des chants religieux et des prières.

Seulement ces deux exemples ont eu la chance d’être médiatisés et propices à sensibiliser l’opinion publique à propos des crimes et du discours de haine qui se déroulent en Roumanie. Cela prouve que ce problème existe et qu’il doit être adressé sérieusement par les autorités.

La question qui suit est donc : « Quel est le nombre réel de crimes de haine qui se déroulent en Roumanie ? »

L’ASSOCIATION « ACCEPT »

Pour en savoir plus sur ce sujet, l’Association ACCEPT a créé un site web permettant aux internautes de dénoncer des crimes de haine envers des victimes et des témoins de manière anonyme.

Je me souviens que quand nous avons commencé à travailler sur le projet de site web Raporteaza.ro, j’expliquai le concept à une amie qui me répondit : « Oh, je connais aussi deux homosexuels qui se sont fait battre parce qu’ils étaient gays, et ils ne savaient pas que ce site existait ». Je conclus dès lors que le nombre de crime de haine devait être en réalité plus haut que ce que nous pensions.

Depuis le lancement du site web, 172 personnes ont dénoncé des incidents, mais seulement 36 rapports ont été complétés, entre des personnes qui confondent souvent le crime de haine avec le discours de haine ou la discrimination. Cela nous a démontré que les gens manquent de beaucoup d’informations concernant leurs droits.

A travers le site web, nous serons en mesure d’avoir un premier aperçu du phénomène des crimes de haine et de comprendre les spécificités de ce crime en Roumanie. Nous publierons aussi des informations relatives aux différences entre les crimes de haine et la discrimination, ainsi que sur les actions que peut entreprendre une victime dans les deux cas de figure.

Le site web n’est pas encore très populaire et nous recherchons des moyens d’informer plus de personnes de son existence. Il est ouvert à tous, pas seulement aux personnes LGBT. Les crimes de haine, peu importe s’ils sont commis par rapport à l’appartenance ethnique ou à l’orientation sexuelle d’une personne, ont un facteur commun : la haine envers tout ce qui ne rentre pas dans le concept de la normalité.

Notre projet va au-delà du site web. Ce que nous avons fait jusqu’à présent est de construire un partenariat avec une structure qui forme les officiers de police sur différents problèmes ; nous serons bientôt en mesure de dispenser des formations sur les crimes de haine à ces mêmes officiers. Régulièrement, nous présenterons aux autorités les données récoltées dans les rapports anonymes, et nous ferons pression afin que la loi soit respectée et afin de faire prendre conscience de ce problème à la population.

Ce sont seulement de petits pas réalisés pour comprendre ce que sont les crimes de haine ; nous construisons un environnement sécurisé où les internautes peuvent savoir ce qui leur arrive et entrevoir comment réagir. Il est nécessaire d’attirer l’attention sur ce problème : autant les autorités que les victimes potentielles, les agresseurs et la population sont concernés.

Il nous faut connaître mieux ce qui nous arrive et ce qui se produit autour de nous afin de pouvoir changer activement un système qui échoue à protéger les personnes qui en ont le plus besoin.

 


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