24 March, 2014

JE NE SUIS PAS RACISTE, MAIS… et D’OU EST-CE QU’ON A DES ATTITUDES RACISTES

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Category: Non classifié(e)
Claire Uszynski
2 pm

ZebraPar: Iana Minochkina

Pourquoi le racisme est-il encore un problème, alors que beaucoup de documents internationaux le condamnent et que beaucoup de campagnes nationales/internationales se mettent en place chaque année contre le racisme ? Pourquoi sa popularité est-elle en augmentation ?

Un jeune de 15 ans m’a posé une question similaire lors d’un stage dans le cadre du Mouvement contre le discours de haine. – « Si autant de gens savent que le racisme est stupide et mauvais – pourquoi il y a-t-il toujours autant de racistes ? – a-t-il demandé. J’ai pris du temps avant de répondre. J’ai demandé si quelqu’un dans la classe a des pensées racistes ou connaît quelqu’un qui a un comportement raciste. Les réponses que j’ai obtenues m’ont beaucoup étonné. La plupart des personnes ont commencé par dire « Je ne suis pas raciste, mais… » ou « Je ne veux pas discriminer qui que ce soit, mais je n’aime pas… (migrants, musulmans, les personnes avec une couleur de peau plus foncée, Roms etc…) ». Ils m’ont également donné un certain nombre de raisons expliquant pourquoi ils n’aiment pas certains groupes de gens, en étant toujours convaincus que le racisme et la discrimination sont mauvais. Ce qui m’a paru intéressant, c’est que j’ai déjà entendu toutes ces raisons dans les médias ou dans la rue. Beaucoup de jeunes n’aiment pas les personnes du Caucase. J’ai été fascinée cependant lorsqu’une fille a commencé à casser un par un les stéréotypes qui les caractérisaient. Son père était un géologue et l’a emmenée dans cette région pour y faire des expéditions ; plusieurs fois elle a été hébergée par des familles locales et s’est fait des amis là-bas, avec lesquels elle est encore en contact. C’était un moment très particulier dans la classe ; les rires étaient retenus et à un moment un garçon a révélé que ces grands-parents sont musulmans et que les stéréotypes sur les musulmans n’ont rien à voir avec la réalité. Nous avons par la suite eu une discussion très intéressante sur la manière dont on discrimine sans même s’en rendre compte. Nous entendons très souvent la phrase « Je ne suis pas raciste, mais… » ; C’en est devenu une norme sociale que de ne pas aimer certains groupes de personnes, et que ces derniers soient des cibles régulières de blagues.  Parfois nous pensons que nous faisons cela pour un plus grand bien- nous nous voyons comme protecteur de nos valeurs nationales ou patriotes. C’est par là que le racisme et la discrimination commencent. Oui, c’est raciste de penser que quelqu’un est moins bon que toi parce qu’il/elle représente un autre groupe social, religieux, ethnique, etc. Plus il est facile de dire « Je ne suis pas raciste, mais… », plus les conséquences des actions liées à cette phrase sont dangereuses.

Veuillez s’il vous plaît fermer vos yeux un instant et prenez le temps de regarder à l’intérieur de vous-même- est-ce qu’il y a un groupe particulier pour lequel vous avez des sensations négatives, avec lequel vous n’aimeriez pas commencer à parler ni serrer la main ? Il y a une théorie intéressante, selon laquelle il y a un raciste en chacun d’entre nous- quelques-uns ont commencé à alimenter ce « racisme interne » et il est devenu plus important. Quelques autres ont trouvé la manière de le taire et de changer de façon de penser.  Nous ne sommes pas nés avec ce « racisme interne », nous apprenons ce qui ne lui plaît pas de notre environnement – famille, amis, voisins, et médias.  Il devient un aspect naturel de construire sa propre identité en se définissant comme « nous » et « les autres » – nous rions à des blagues sur d’autres nationalités et stéréotypes culturels, mais il y a toujours un moment où le faire fait mal.

Il y a beaucoup d’études sur la nature sociologique du racisme, mais il serait ennuyant d’en parler ici. Je vais plutôt partager ce que j’ai appris des enfants lors de ce stage et pendant beaucoup d’autres et  je serais contente de continuer la liste. Pourquoi donc avons-nous des attitudes racistes ?

NOUS APPRENONS QUE DES GROUPES DE PERSONNES SONT DIFFERENTS DE NOTRE ENVIRONNEMENT

Nous apprenons la plupart des choses lorsque nous sommes jeunes – et si nous entendons de nos parents, amis, voisins et autres personnes ayant une influence sur nous que certains groupes sont moins bien que nous, nous assimilons ces opinions. Si nous ne prenons pas de mesures pour combattre ces idées via de l’apprentissage ou de l’expérience pratique, elles resteront gravées à l’intérieur de nous-mêmes (et nous les transmettrons après à nos propres enfants). Nous ne cherchons même pas à argumenter – j’étais un enfant social et loquace et j’essayais de communiquer avec tout le monde. Bien souvent, mes tentatives de communication étaient coupées par ma mère : « Ne joue/parle pas avec les sans-abris, ils sont sales et ont sûrement des infections. » Elle ne voulait pas dire quelque chose de mal envers eux ; elle voulait simplement me protéger (ainsi que elle-même pour ne pas avoir à me guérir après). Quand j’ai commencé à me porter volontaire pour les droits de l’homme, l’un de mes premiers projets était de travailler avec des sans-abris. J’ai été surprise de voir le nombre de mauvais stéréotypes que j’avais à leur sujet et combien d’effort il m’a fallu pour me rééduquer.

NOUS SORTONS SEULEMENT AVEC DES PERSONNES « COMME NOUS »

Il n’y a rien de mal à sortir avec des personnes ayant des opinions, intérêts, origines, cultures et langues similaires. Cependant, cela peut nous conduire parfois à mettre de côté ceux qui sont différents de nous. Je pense que nous avons tous remarqué à quel point les comportements des personnes de notre communauté d’origine qui n’ont jamais voyagé ou qui ne se sont jamais trouvé dans une situation interculturelle sont différentes. Exactement comme cette fille du stage, qui a eu la chance d’expérimenter une autre culture et qui après cela était capable de casser les stéréotypes l’entourant. Il est bien idéal que de penser qu’on peut aimer chaque culture que nous rencontrons – quelques pratiques traditionnelles nous choqueraient très probablement ou ne nous satisferaient pas.  Eduquer son « racisme interne » ne veut pas dire se forcer à aimer chaque personne autour de soi – c’est plus l’idée de s’éduquer soi-même et de se dire qu’il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises cultures, il y a des bonnes et mauvaises personnes dans chaque culture, y compris dans la nôtre.

Dans le cadre du Mouvement contre le discours de haine, j’admire énormément ceux qui travaillent avec les personnes véhiculant la haine, car je pense qu’ils sont face à un très grand défi. Pas de doute, c’est un véritable défi que d’enseigner sur l’égalité et la nuisance du discours de haine, mais c’est encore plus le cas lorsqu’on a en face de soi des nationalistes radicaux – très probablement, il sera impossible de leur faire changer d’avis, mais c’est toujours possible de les faire douter sur  leurs propres idées.

LES STEREOTYPES RENDENT LA VIE PLUS FACILE

Les stéréotypes jouent un rôle crucial dans la vie de tous les jours – ils rendent nos jugements plus faciles et justifient nos idées et comportements. « Ses parents sont des migrants et travaillent au marché, donc elle n’a pas besoin d’étudier beaucoup ni d’aller à l’université » ou « tout le monde dit que les Grecs sont paresseux… ». Eduquez-vous à douter de toutes ces affirmations qui commencent par le mot « toujours », « jamais » et évoquez le groupe de personnes dans son entité. Dès lors que vous avez la possibilité de communiquer avec des personnes de ce groupe, vous serez surpris du nombre de choses en commun que vous avez avec.

IL EST FACILE DE BLAMER LES AUTRES POUR NOS PROBLEMES

Il est toujours  plus facile de blâmer des personnes ayant des cultures, opinions, apparences, langues différentes. On entend trop souvent : « les migrants nous ont volé nos emplois, commettent la plupart des crimes dans la ville… » Regardez au moins une fois les statistiques pour votre propre culture. Ceci ne sera pas agréable mais fait ouvrir les yeux. Si nous parlons de taux de crimes, généralement les nombres sont beaucoup plus élevés pour les crimes commis par les personnes locales – mais ces mêmes crimes sont considérés normaux dans chaque communauté. Dès lors que le crime est commis par un étranger, en particulier d’un étranger issu d’un groupe marginalisé, ce crime sera certainement mentionné dans les médias. En parlant d’emploi – je viens de Russie et les immigrants ont une vie plutôt difficile là-bas. Quand quelqu’un me dit que les immigrants ont volé son travail, je ris ; statistiquement, la plupart des immigrants occupent des emplois à bas salaire (construction, ménages, vendeurs) et n’ont pas accès à toutes sortes d’aides sociales ; ces emplois-là ne sont généralement pas des emplois que la personne qui me parlait aimerait exercer. Lorsque je vois une personne d’origine immigrante qui occupe une place bien payée et qui est bien placée hiérarchiquement parlant, je ressens du profond respect et je sais que il/elle était nettement meilleure que d’autres concurrents de mon pays, car cette personne a rencontré de plus grandes contraintes et de plus grands défis que les personnes locales.

NOUS PROTEGEONS NOTRE IDENTITE ET VALEURS NATIONALES

C’est plutôt une bonne justification qui nous rend patriotes, amoureux de la nation et qui nous fait prendre soin des générations futures. Cette justification est aussi beaucoup appréciée par les politiciens – c’est pourquoi nous voyons une augmentation rapide de mouvements nationalistes en Europe. C’est une conséquence naturelle de la crise économique, des flux migratoires et de la globalisation (lorsque la quantité de contacts avec des personnes d’autres cultures s’est accrue significativement pendant les 15 dernières années). Si vous y pensez plus attentivement, il est assez facile d’utiliser ce sentiment de patriotisme et c’est un souhait naturel de donner à votre famille un futur sécurisé. Si vous avez encore des doutes et simplement par curiosité, écoutez les différents accents sur votre média national.

LE RACISME…. est DE L’AUTODEFENSE

Il y a un certain nombre d’études psychologiques qui se concentrent sur des personnes avec des opinions nationalistes et racistes. Point intéressant à noter : la plupart de ces personnes affirment que les membres de ces mouvements et soutenant les idéologies racistes n’ont pas confiance en eux et ont peur d’affronter la réalité. Ils créent des images brutales et violentes et rejoignent les mouvements radicaux/sites Internet radicaux/ etc.. pour cacher leurs propres peurs et augmenter leur estime de soi. Est-ce que ceci ne sonne pas bas et triste ?

En revenant au début de mon article (fermez vos yeux un instant et prenez le temps de regarder à l’intérieur de vous-mêmes), est-ce qu’il y a un groupe particulier pour lequel vous avez des sensations négatives, avec lequel vous n’aimeriez pas commencer à parler ni serrer la main ? Si oui, demandez-vous si vos raisons sont pertinentes – probablement, vous en avez déjà trouvé dans cet article. Le racisme ne fait pas de sens (il a été prouvée par la génétique qu’il n’y a qu’une seule race), la race ne peut pas être identifiée dans nos gênes, nous appartenons tous à la même espèce, Homo sapiens. Ne vous autorisez donc pas à être étroit d’esprit et manipulé, soyez ouvert à la diversité !


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