28 November, 2016

Murs de la honte ou de l’espoir : allongeons la table de discussion

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2 pm

Ecrit par Manu Mainil et Edouard Portefaixninja

No Hate Belgique et France – Regards croisés sur l’actualité

Ce 23 novembre 2016, le journal français L’Union a érigé un “mur de la honte” affichant des commentaires homophobes, publiés en réaction aux  affiches d’une campagne de prévention contre le SIDA en France. Une démarche similaire à celle du journal allemand Bild ou plus récemment de France 3 Midi Pyrénées, qui a publié l’article “Certains de vos commentaires sur Facebook sur l’arrivée des migrants dans la région sont insupportables”.

Le lendemain, L’Union érige un autre mur, un “mur de l’espoir” qui se veut “mettre à l’honneur des internautes qui s’opposent à la haine”.

Nous saluons la décision et le travail des journalistes de L’Union, de Bild et de France 3 Midi Pyrénées qui se sont saisis d’un problème que beaucoup de médias préfèrent encore ignorer. Néanmoins, nous nous interrogeons sur les vertus pédagogiques et l’impact réel de telles initiatives.

Si le “Mur de la honte” épingle des messages discriminants – dans ce cas précis homophobes – en exposant leurs auteurs, quel impact peut-il y avoir sur ces derniers ? Ne risquent-ils pas de se sentir pris au piège et de renforcer leur position ? Une communication est-elle entamée en parallèle afin d’expliquer les raisons pour lesquelles de tels commentaires ne peuvent / doivent pas être tolérés ?

A l’inverse, le “mur de l’espoir” met en évidence des réactions à ces posts homophobes. Mais est-ce que traiter des internautes de “décérébrés” ou “déchets de la société”, quels que soient les propos émis initialement, doit être considéré comme porteur d’espoir ? De notre avis, certainement pas !

A la lecture des commentaires ajoutés au bas de ces deux “murs”, il semble que la confrontation honte/espoir ne permet en rien le développement d’un dialogue constructif sur des sujets de société.

Apprendre à s’exprimer de manière moins virulente, prendre conscience des conséquences de ses écrits, devenir capable de dialoguer sur Internet sans insulte en guise de ponctuation… Evidemment, cela demande bien plus de temps et d’énergie que de faire des captures d’écran de commentaires.

Mais à force d’étiqueter “méchants” ou “gentils” les individus qui s’expriment sur la toile, il y a des risques d’accentuer des clivages qu’Internet doit justement nous permettre de dépasser ! Etre connectés avec des personnes que nous ne côtoyons pas hors ligne doit servir à enrichir nos réflexions, nous confronter à nos propres incohérences et contradictions, aiguiser notre capacité d’argumentation, développer son esprit critique… et s’ouvrir l’esprit tout court !

Chers journaux adeptes des mises à l’honneur/déshonneur : travaillons ensemble pour que ces bouteilles jetées à la mer numérique ne se transforment pas en boomerang qui retourne à son expéditeur avec encore plus de violence. Comme illustré ci-dessus, il est préférable de construire de plus longues tables que de plus hauts murs.

Illustration : No Hate Ninjas


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